Pourquoi cette rencontre ?
En tant que Directrice générale de la Fédération des Entreprises de Belgique et en tant que femme, Madame De Jonghe est attentive à la place de chacun dans le marché du travail.
Les questions portées par Forum des femmes la concernent.
Monica de Jonghe est Administrateur-Directeur général FEB
La reconnaissance publique de l’engagement professionnel est-il cohérent, aujourd’hui ?
C’est un peu compliqué aujourd’hui que cette logique de reconnaissance publique.
Il y a moins de réaction de la part des secteurs, actuellement.
Si la reconnaissance en tant que telle reste importante, la manière dont elle est véhiculée aujourd’hui par l’Institut doit peut-être être revue.
Mais c’est le travail qui est mené depuis un moment et aboutit prochainement.
Il faut arriver à reconnaître et à valoriser certaines professions qui souffrent peut-être de certains a priori pour pouvoir attirer de nouveaux travailleurs.
Y a-t-il des défis spécifiques pour les femmes, dans le marché du travail ?
Il faut avouer que l’égalité dans la relation de travail n’est pas encore dans les esprits et que notre société n’est pas encore adaptée.
Certes, il y a eu beaucoup de changements, beaucoup de batailles, mais la route est longue.
Prenons par exemple les congés pour soins tels que le crédit-temps, le congé parental et l'assistance médicale. Ces systèmes ont été spécialement conçus pour les femmes afin de les orienter vers le marché du travail tout en leur offrant une solution pour mieux concilier vie professionnelle et vie privée. Dès leur création, les hommes n'ont pas été visés. Il en résulte que les périodes d'éducation et de soins reposent encore toujours principalement sur les épaules des femmes.
Dans nos régimes de congés, il faut arriver à un système plus neutre au niveau du genre et inciter les hommes à prendre soin. Sans cette neutralité, ce n’est pas profitable à la carrière des femmes. Cela devient une normalité dont il est difficile de sortir.
Dans une famille où les parents prennent leurs congés de manière égalitaire, on arrive à une tout autre dynamique. Espérons que cela devienne la nouvelle normalité.
Dans le secteur social notamment, mais aussi dans de nombreuses entreprises du secteur privé, on encourage de plus en plus les congés pour tous les employés, y compris les hommes. C’est aussi un plus pour la réputation des entreprises tant en matière d’engagement que de rétention de personnel. On doit y voir une évolution positive.
Y-a-t-il un impact à redouter - pour les femmes - dans les nouvelles mesures du gouvernement ?
Il y a beaucoup de mesures :
- Les mesures contre le chômage visant à permettre aux personnes de retrouver un emploi et à éviter qu'elles ne tombent dans l'inactivité totale et ne soient même plus activées. Le travail donne un sens à la vie, c'est pourquoi il est si important que chacun trouve un emploi, tant pour lui-même (pour son développement personnel et même sa santé mentale) que pour le marché du travail. Cela vaut pour chacun en âge de travailler.
- Les mesures concernant les malades de longue durée. Là encore, il est important de miser sur le retour au travail et de ne plus considérer que « malade c’est malade » et qu'il ne faut donc rien faire. Si ces situations persistent, notre société est défaillante. Cela touche également tout le monde.
- La flexibilité peut être mal perçue, mais est nécessaire pour la compétitivité de nos entreprises. Pensons à l’e-commerce développé à nos frontières : nous avons perdu des emplois par défaut de flexibilité.
Nous devons pouvoir affirmer que le travail est important et attrayant pour tous et qu'il permet de maintenir notre sécurité sociale à un niveau financièrement abordable.
Il conduit à une vie de création, de contacts dont les valeurs sont parfois sous-estimées.
De plus en plus de femmes sont hautement qualifiées, mais on constate que les filières dites STEM comptent encore trop peu de femmes diplômées, alors que celles-ci sont de plus en plus indispensables pour relever les défis de notre société. Les professions technologiques manquent de main-d'œuvre et les femmes sont encore minoritaires dans plusieurs secteurs industriels et dans le secteur de la construction.
N'oublions pas non plus la défense, surtout dans le contexte géopolitique actuel, marqué par une incertitude croissante.
Les mentalités doivent évoluer sans préjugés liés au genre.
En ce qui concerne la fin de carrière, les partenaires sociaux au sein du Conseil national du travail ont conclu un accord spécifique pour les femmes qui, à l'époque, n'avaient pas accès aux congés pour soins et n'avaient d'autre choix que de travailler à temps partiel. Le relèvement des conditions de carrière pour le crédit-temps, conformément à l'accord de gouvernement, leur sera plus avantageux. Le gouvernement a mis en œuvre cette proposition.
Ceci afin d'éviter que ce groupe de femmes ne soit désavantagé.
Ne nions pas cependant que les mesures vont toucher certaines femmes, mais on ne peut pas ne pas faire de réforme.
Nous devons changer les mentalités et encourager les femmes à comprendre que certains choix (par exemple, ne travailler qu'à temps partiel) peuvent avoir des conséquences négatives. Mais les pouvoirs publics ont également un rôle à jouer à cet égard en investissant beaucoup plus dans des structures d'accueil abordables, afin que les parents qui travaillent puissent tous deux choisir une carrière à temps plein.
Qu’en est-il de la question de la violence et du harcèlement sur le lieu du travail ?
La Belgique avait déjà un bon nombre de législations en la matière.
Il ne semble pas qu’il faille rajouter de nouvelles mesures supplémentaires.
Les entreprises doivent constituer des dossiers pour chaque décision RH afin de pouvoir démontrer que les décisions prises ne sont pas discriminatoires ou motivées par des mesures dites de représailles. En effet, la charge de la preuve est de plus en plus souvent renversée et incombe entièrement à l'employeur, ce qui alourdit considérablement la charge administrative.
Au final, cela sape la confiance, les bonnes relations sur le lieu de travail et même le bon sens.
Un rééquilibrage doit être trouvé.
Alors, l’action de Forum des femmes est-elle utile ?
Je souscris pleinement aux objectifs du Forum des femmes, qui visent à mettre davantage les femmes en avant, compte tenu de leur rôle crucial sur le marché du travail. Je suis moi-même membre du conseil d'administration de « Women on Board », dont l'objectif est d'accroître la représentation des femmes dans les conseils d'administration. Pour ce faire, l'organisation propose notamment aux entreprises, tant du secteur privé que du secteur non marchand, un vivier de 312 profils de femmes cadres qualifiées.
Le Forum des femmes joue également un rôle important en termes de contenu, ce qui n'empêche pas chaque organisation de devoir continuer à se remettre en question et à évoluer avec le temps, ce à quoi le Forum s'emploie pleinement.
Nous devons continuer à nous demander : « Qu'est-ce qui pourrait vraiment être intéressant pour donner plus de visibilité aux femmes sur notre marché du travail et mettre davantage en valeur leurs points forts ? »
Mais nous devons aussi aider les femmes à croire davantage en elles-mêmes et en leur force, et les encourager à saisir toutes les occasions qui leur sont offertes de gravir les échelons.


