Pourquoi cette rencontre ?
En tant que leader syndical et en tant que femme, Marie-Hélène Ska est attentive à la place des femmes dans le marché du travail.
Les questions portées par Forum des femmes la concernent.
Marie-Hélène Ska est Secrétaire générale de la Confédération des syndicats chrétiens
La reconnaissance publique de l’engagement professionnel est-il cohérent, aujourd’hui ?
Bien sûr ! Et ce qui est spécifique à cette reconnaissance publique c’est qu’elle touche potentiellement toutes les femmes non pas pour une position ou un mérite particulier, mais bien pour la qualité du parcours professionnel.
Cette reconnaissance met en valeur les diversités de parcours.
Y a-t-il des défis spécifiques pour les femmes, dans le marché du travail ?
On demande aux femmes de supporter l’articulation compliquée entre le professionnel et le privé.
Leur carrière professionnelle est souvent discontinue et morcelée parce que ce sont des héroïnes du quotidien qui sont en première ligne et gèrent beaucoup de paramètres différents.
Y-a-t-il un impact à redouter - pour les femmes - dans les nouvelles mesures du gouvernement ?
Oui, hélas et dans différents domaines.
Quelques exemples parlants :
L’accent est mis aujourd’hui sur la flexibilité. Or sur le long terme, la désynchronisation du temps épuise. Et dans certains secteurs (par exemple : les accompagnateurs de train, le nettoyage, le travail à pause, …), la flexibilité n’est pas un vrai choix.
La suppression du temps de travail minimum (tiers temps) va entraîner des conclusions de contrat multiples et va toucher beaucoup de femmes.
Dans le même temps, les femmes qui ont fait des choix pour prendre soin de la famille vont voir leur pension diminuer. On pourrait presque parler de double peine.
Autre exemple encore en Wallonie où les places d’accueil d’enfant seront réservées aux femmes qui travaillent. Pour celles qui sont en recherche d’emploi : pas de priorité.
Pensons aussi aux congés thématiques qui ne seront plus possibles que dans le cadre du soin (càd pour se mettre au service) et qui ne seront plus possibles pour prendre soin de soi ou pour souffler.
La pression continue !
Car 80%des congés continuent aujourd’hui à être pris par les femmes. Les hommes les utilisent peu et moins longtemps … et montent plus haut dans leur carrière.
Autre exemple encore, en Flandres, le congé éducation ne sera plus accessible aux temps partiels. Ce qui revient à dire que ce sont les femmes qui en majorité en seront exclues.
Un dernier exemple : les familles monoparentales. Il semble difficile de reconnaître que ces familles ont des particularités en termes de revenu ou d’organisation. Mais c’est pourtant une réalité. Une réalité qui touche particulièrement les femmes. Faire part de cette réalité au cours d’un entretien d’embauche par exemple, sera plus favorable à l’homme qu’à la femme.
Qu’en est-il de la question de la violence et du harcèlement sur le lieu du travail ?
Le lieu du travail reste un chantier de travail. Il faut réitérer très régulièrement ce qu’est la règle ; ce qui est acceptable ou pas.
Il faut être conscient que ce n’est jamais acquis et que le dialogue doit être ouvert et respectueux.
La victime continue à avoir du mal à s’exprimer et doit franchir beaucoup d’étapes avant le signalement.
De même, la question économique reste centrale. Quand la victime décide de quitter, elle prend un risque pour elle, mais aussi pour sa famille. Il faut reconnaître alors que nos réponses restent incomplètes.
Alors, l’action de Forum des femmes est-elle utile ?
Bien entendu car c’est mettre le focus sur la moitié de l’humanité.
Nous sommes aujourd’hui confrontés à une vision du système qui n’est pas/plus égalitaire, même dans certains milieux institutionnels.
Nous devons travailler à ce que les hommes soient partenaires dans cette problématique, même si c’est difficile à exprimer.
Il faut faire en sorte de renforcer la capacité des femmes à oser prendre place, sans copier, en étant elles-mêmes.
Le fait d’être Lauréate du Travail a du sens pour la personne, mais doit être mieux mis en évidence pour les tiers, sur le long terme.


