Chaque année, Forum des Femmes participe aux actions menées dans le cadre de la journée internationale des droits des Femmes.
A la genèse d’une collaboration, il y a souvent une rencontre.
Une Lauréate, Anouck Paulus, nous avait frappé.e.s par sa détermination et sa volonté de mener à bien son parcours professionnel.
Les contacts ont donc été facilités et la Ville de Bruxelles, forte de ses près de 4 000 travailleur.se.s, nous a ouvert ses portes.
A l’image de son nouveau bâtiment, aéré et lumineux[1], c’est avec une facilité déconcertante que Forum des Femmes a pu rencontrer des services, mais surtout des personnes pour lesquelles les mots de collaboration, diversité et égalité des genres ont un sens fort[2].
La Ville fourmille d’actions et de projets.
L’un d’eux vise à mettre en valeur des « Femmes de terrain » pour les entendre et faire entendre. Pour que leurs exemples inspirent d’autres Femmes.
C’est donc assez naturellement que les objectifs de Forum des Femmes se sont confondus dans cette action.
Nous avons rencontré deux travailleuses : Madame Magali Demorsy, jardinière au Parc royal ; Madame Laura Decarpentrie, inspectrice d’hygiène dans l’Horeca et Madame Faouzia Hariche, échevine des Ressources humaines de la Ville de Bruxelles.
Nous le notions, la Ville de Bruxelles est un gros employeur.
La gestion des Ressources humaines y est le reflet d’une volonté politique : un Collège composé paritairement, une Secrétaire communale, un personnel composé de 53% de femmes.
Pour autant, l’Echevine Hariche ne dépeint pas une situation égalitaire dans toutes les fonctions. Les « bastions » d’hommes existent tout autant que les « bastions de femmes ».
Au poids des habitudes, il semble que la multiplicité des actions concrètes en matière d’égalité soit une réponse.
Du « Sarter kit » du nouveau travailleur en passant par la sensibilisation et la formation du management ; par des actions ponctuelles (ex : l’accès à la santé, le harcèlement de rues, …) ; par des encouragements aux congés de paternité ; les travailleur.euse.s de la Ville de Bruxelles font l’objet d’une attention particulière en matière d’égalité.
Une communication de fierté, reposant sur des témoignages de travailleur.euse.s fait déborder le message d’égalité « hors les murs » de l’administration et s’adresse à l’ensemble des citoyen.ne.s de la Ville.
A-t-on ressenti ces efforts en discutant avec la jardinière du Parc royal ou avec l’inspectrice d’hygiène ?
Nous voilà face à deux jeunes femmes, pour l’une travaillant dans un métier traditionnellement masculin ; pour l’autre travaillant dans une fonction où le contrôle emporte des conséquences palpables.
Deux backgrounds différents (pour l’une des études professionnelles pour l’autre de vétérinaire), une carrière bien lancée au sein de la Ville (14 et 9 ans d’ancienneté) et le recul qui accompagne.
Deux femmes encore qui se sont portées volontaires pour cette sensibilisation ; cette visibilisation des Femmes de terrain.
Bref, deux femmes qui ont des choses à dire, des messages à communiquer.
Ni l’une ni l’autre ne disent exercer un « métier d’homme ». Ni l’une ni l’autre n’exprime l’existence d’une différence de traitement entre elles et leurs collègues masculins.
Elles dépeignent des relations saines avec leur hiérarchie et s’expriment avec liberté.
Pour autant, s’inscrit-on dans une démarche de visibilisation si le seul but est de montrer que la photo est parfaite ?
Ce n’est pas leur cas.
Si elles posent un regard de gratitude sur les actions qui ont permis l’évolution des droits, elles évoquent un chemin qui reste à faire.
Parfois pour ce qui ne semblerait qu’un point de « détail » (des vestiaires féminins, partout). Parfois pour une meilleure adéquation de la législation aux situations de vie.
Mais l’une comme l’autre, insistent avec force sur l’inégalité persistante qui fait que la femme qui travaille a encore – et toujours – une charge familiale plus lourde.
Ce n’est pas tant le poids des outils ou des machines qui semble poser problème, mais habiter loin, travailler à temps plein, avoir un petit enfant et …. commencer à 7h30.
Ce n’est pas tant les risques de débordement des contrôlés mécontents qui pèsent, mais de jongler à temps plein, entre post-partum, crèche et maladies d’enfant.
Cette volonté de répartir plus adéquatement les rôles de chacun dans la gestion de la famille n’est pas ignorée par la Ville qui encourage la prise des congés de paternité.
Mais il y a probablement un besoin sociétal plus large, un changement de paradigme nécessaire.
Comme le disait Madame Decarpentrie, « le principe d’égalité est une évidence, mais nous sommes tous différents. Il reste beaucoup de choses subtiles de la réalité de l’autre qui ne sont pas encore comprises »
Ces dernières constations ne peuvent occulter le message fort et radieux qu’adresse Madame Demorsy aux autres femmes.
« Je pense que c’est très important d’être visible.
Parce qu’il y a encore beaucoup de personnes qui ne comprennent pas et que ça les aide.
Il y a des hommes aussi qui travaillent dans des « métiers de femmes » comme les sages-femmes.
Dans un sens ou dans un autre, ça n’a pas d’importance.
Il faut être visible et dire aux femmes que même si c’est « un truc d’homme » ou si des millions d’hommes le font : on peut y aller ! »
Finalement, cette visibilisation qui est une des missions de Forum des Femmes connaît ici un écho de terrain. Une fois de plus.
Et quid de la reconnaissance publique, dans tout cela ?
Quid de ce fer de lance de l’Institut et du Collège ?
Je laisserai pour ce faire, le mot de la fin à Madame Decarpentrie :
« Je pense que quand on travaille, on se donne ; on se donne corps et âme. Et on sacrifie toujours quelque chose de soi.
Alors, avoir un regard, quelqu’un qui vous dit « Ah, c’est quand même courageux » et bien, cela fait du bien au moral.
Une phrase que ne dénigrerait aucun.e Lauréat.e ni aucun.e Doyen.ne !
Retrouvez l’intégralite des interviews de Mesdames Decarpentrie, Demorsy et Hariche .
- Magali Demorsy, jardinière
- Laura Decarpentrie, contrôleuse Horeca
- Faouzia Hariche, échevine des Ressources humaines de la Ville de Bruxelles.
Par Christine Beausaert
[1] Brucity
[2] Je veux citer ici : Monsieur Didier Bourdouxhe, Madame Thaïs De Bontridder, Monsieur Arnaud Helinck, Madame Tessa Peeters


