Dans le cadre de la journée internationale des droits des Femmes 2026, Forum des Femmes, met en lumière une action de la Ville de Bruxelles tendant à visibiliser des travailleuses de terrain.
Nous rencontrerons donc deux travailleuses : Madame Magali Demorsy, jardinière au Parc royal ; Madame Laura Decarpentrie, contrôleuse Horeca et Madame Faouzia Hariche, échevine des Ressources humaines de la Ville de Bruxelles.
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Par Christine Beausaert,
C’est dans les bâtiments encore un peu neufs de Brucity que nous sommes accueillis. Les espaces sont lumineux, ouverts, réfléchis.
Madame Hariche nous reçoit avec chaleur et intérêt. Aucun coup de fil, aucune visite ne viendra interrompre notre conversation.
C’est en sa qualité d’Echevine des Ressources humaines que nous l’interrogeons.
Avec elle, nous tenterons de comprendre quelle vision, quelles valeurs sont à l’œuvre au sein de la Ville.
Nous rencontrons deux travailleuses de la Ville des Bruxelles dans le cadre du projet visant à visibiliser les femmes de terrain.
Pouvez-vous nous expliquer pourquoi la Ville s’est inscrite dans cette démarche ?
F.H. Je dirais que c’est un prolongement logique. C’est le fruit d’une volonté qui commence par l’instauration d’un Collège paritaire, au sein de la Ville : un organe avec autant de femmes que d’hommes. Ce qui est révélateur du souhait de voir les femmes prendre leur place dans le métier de leur choix et être encouragées à le faire le mieux possible, tout en évitant les écueils liés parfois à une sous-représentation.
Disposez-vous de données précises sur la répartition femmes-hommes au sein du personnel communal ?
F.H. Oui bien entendu.
Si je commence par les fonctions les plus hautes, ne passons pas sous silence que la Secrétaire communale est une femme. Une première dans l’histoire de la Ville de Bruxelles !
Et ce qui est remarquable, ce n’est pas de rappeler que la Ville a désigné « la meilleure candidate à ce poste », mais que Madame Emilie Dupont ait osé se présenter (elle n’était pas la seule à poser sa candidature, en l’espèce). Je m’explique.
Cela révèle qu’au sein de la Ville, une femme qui se sait compétente, ose poser sa candidature et sait qu’elle ne sera pas d’emblée « écartée ». Ce qui parait juste et normal, mais ne l’est peut-être pas encore partout, hélas.
Chez les Directeurs généraux, nous avons une sous-représentation des femmes puisqu'elles sont trois pour 10.
Au sein du personnel, la répartition est assez homogène (53% de femmes et 47% d’hommes).
Ensuite, par niveau, on constate que les femmes sont majoritaires dans les niveaux A-B-C. Les choses s’inversant dans les niveaux D et E.
Puis, si vous vous intéressez aux fonctions, vous verrez qu’il existe encore beaucoup de répartitions non égalitaires.
Par exemple : 99% des puériculteur.trices sont des femmes ; 3% des balayeur.euse.s de rue ; 2% des ouvrier.ère.s ; 4% des magasinier.ère.s ; 1% des chef.fe.s d’équipe ouvriers et nombre de fonctions sont encore exclusivement masculines.
Y-a-t-il des leviers de changements ? Je le pense. Nous y reviendrons.
La défense de l’égalité homme/femmes sur le lieu de travail semble être une des priorités de la Ville. L’action que nous évoquons s’inscrit dans cette démarche.
Avez-vous mis des actions en place pour encourager les femmes à poser leur candidature à ces postes traditionnellement masculins ?
F.H. Dans le cadre d’une autre de mes compétences, l’instruction publique, nous avons constaté, par exemple, que très peu de filles embrassaient des carrières scientifiques (physicien, chimiste, biologiste, …), nous avons donc fait des actions spécifiques pour convaincre les jeunes filles que rien ne les limitait. Ce sont des actions en amont.
Dans le cadre-même de la Ville, nous avons agi en matière de communication en publiant dans le magazine communal, à destination de tous les habitants, des interviews de membres du personnel qui travaillaient pour les uns dans des métiers traditionnellement masculins ou pour les autres, dans des métiers traditionnellement féminins. C’est une inscription dans une dynamique de fierté et de visibilisation.
D’autre part, nous ne voulons pas fermer les yeux sur des propos, des comportements déplacés ou harcelants. Aussi infimes soient-ils.
Et tous nos managers participent d’abord à une sensibilisation puis reçoivent une formation pour répondre au mieux à ces situations. En détectant les signes, en connaissant les règles, en ayant certains moyens d’actions.
Chaque membre du personnel, quel que soit son niveau, reçoit aussi un « starter kit » qui comprend un document relatif aux valeurs de la Ville et aux différentes actions du plan de diversité.
Nous sommes aussi très sensibles à la répartition des tâches au sein de la famille et nous faisons la promotion des congés de paternité pour que les travailleuses ne doivent pas systématiquement mettre leurs carrières entre parenthèses.
A l’occasion du 8 mars, nous développons aussi, chaque année, une thématique particulière (l’an dernier, elle traitait de l’accès aux soins et cette année, ce sera le harcèlement de rue) et cette thématique est adressée à tous les membres du personnel.
Nous sommes devant des changements de mentalités et si l’on désire le changement, il faut que « tout le monde s’y mette, c’est l’affaire de tous ».
Selon vous, quels sont les défis spécifiques aujourd’hui pour les femmes sur le marché du travail ?
F.H. Je pense que nous retrouvons, à la Ville de Bruxelles, les mêmes types de défis qu’ailleurs. Sauf peut-être en ce qui concerne l’égalité salariale et les évolutions de carrière qui sont parfaitement cadrées et réglementées.
Je ne suis pas une spécialiste de ces questions, mais au sein de notre société, je suis touchée par la problématique des familles monoparentales. Elles sont majoritairement féminines. Un parent seul doit consacrer plus de temps à sa famille, a moins de temps pour étudier, pour préparer des examens, des entretiens, …Tout cela a forcément une influence sur sa carrière.
Nous devrions pouvoir faire un focus sur cette réalité pour pallier cette injustice.
Selon vous, la reconnaissance publique de l’engagement professionnel a-t-il du sens dans la réalité du monde du travail d’aujourd’hui ? Et si oui, comment cela se vit-il pour le personnel de la Ville ?
F.H. Gratifier quelqu’un pour la qualité de son travail fait partie de la boîte à outil du manager, bien évidemment. Même si cela ne coulait pas de source par le passé et que cela reste encore inhabituel pour certains.
Encourager à postuler vers une fonction supérieure, aussi.
Quant au caractère public de cette reconnaissance, cela touche un des fondements du travail dans un service public : l’exemplarité.
Reconnaître le mérite de quelqu’un, le porter comme une personne exemplaire : c’est fondamental.
Et si, de surcroît, les personnes le font sans le considérer comme un devoir pesant : c’est formidable !
Même si je sors du cadre strict de l’Institut, je veux aussi penser à certaines personnes, dans notre société, qui travaillent beaucoup, sans salaire ni gratification. Je pense par exemple aux aidants proches. Eux aussi, ils devraient être reconnus publiquement pour ce qu’ils font.
Mais c’est une autre histoire.
La lutte contre la violence faite aux femmes inclut la violence et le harcèlement au travail. Bien que la Belgique puisse déjà compter sur une législation étendue en la matière, quelles dispositions restent à prendre selon vous pour qu’il y ait davantage de résultats sur le terrain ?
F.H. Je pense que les lois et conventions sont plutôt bien faites. Nous avons connu des avancées spectaculaires en matière de violence faite aux femmes. Et beaucoup de structures ont été crées avec des missions souvent complémentaires.
J’ai parfois le sentiment que ce qui manque, ce sont des concrétisations. Je pense notamment au manque de places dans les structures d’accueil pour les femmes concernées par la violence.
Etes-vous particulièrement fière d’une action que vous avez pu (co)-construire dans le cadre de l’égalité sur le marché de l’emploi ?
F.H. Quand je me retourne, je pense que le fait d’avoir pu inciter des jeunes à choisir un métier qu’ils aiment, à aller au bout de leurs envies puis les voir entrer sur le marché du travail … cela me rend particulièrement fière.
Cela fait 25 ans que je suis Echevine et j’ai pu accompagner beaucoup de familles. La question des discriminations engendrées par des différences culturelles, des différences d’origines, des différences de moyens financiers voire par des situations d’intersectionnalités est telle que lorsque dans ces familles, une personne trouve sa place sur le marché du travail, c’est inoubliable.
Le rêve serait que nous n’ayons plus à parler de différences et qu’un être humain soit égal à un autre.
Mais il reste du travail. Même si beaucoup de travail a été abattu, il en reste encore pour les générations futures.
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